La campagne en vue des élections de 2012 fait déjà rage, comme le montrent les primaires socialistes et les annonces de forfait avant de monter sur le ring. Comme à leur habitude, les politiques tentent de se décrédibiliser pour perdre dignement à l'aide de diverses tactiques.

Le PS a tenté de se déchirer bien avant l'élection, de manière à ce que les rancœurs empêchent de mener une campagne sans croche-pattes ni coup de poignard dans le dos, à l'aide de la fameuse tactique des primaires testée en 2007. Malheureusement, cette fois-ci, les débats sont feutrés; le favori, François Hollande, a tout d'un candidat classique sans gros défaut. L'UMP et le gouvernement font nettement mieux et ont pris une longueur d'avance. Il faut dire qu'ils sont avantagés par le mauvais état de l'économie en cette fin d'année 2011. Mais ils ne ménagent pas leurs efforts, comme deux évènements viennent nous le rappeler.

L'UMP a bien retenu les leçons que lui a données le PS dans le passé. Contrairement à ce qui était écrit ici même en avril dernier, la construction du vrai-faux programme de l'UMP a toute sa place dans la machine à perdre. On y trouve des propositions tellement dépourvues de sens mais exsudant tellement la mièvrerie qu'on peine à croire qu'un parti sérieux puisse réellement les écrire sur le web, avant qu'on ne s'aperçoive qu'elles sont, pour une part écrasante, destinées aux vieillards, clientèle obligée de la droite quoique ne lisant pas souvent les programmes des partis politiques sur Internet. Dans le registre qui nous intéresse plus, elles permettent de faire fuir l'électeur au près duquel on aurait raisonnablement pu solliciter un suffrage. Dans ses propositions sur la «culture», l'UMP nous donne une vraie leçon en la matière.

L'UMP soutient ainsi l'innovation majeure dans ce domaine de ce quinquennat: l'HADOPI. Il est en effet indispensable de rappeler la création de cette administration particulièrement populaire puisqu'il s'agit in fine de couper l'abonnement internet pour avoir manqué à sécuriser sa connexion, ce que même un professionnel serait bien en peine d'assurer. Sous ce vocable compliqué, il s'agit en fait de, plus prosaïquement, pourchasser les auteurs de contrefaçons d'œuvres culturelles divers, mais seulement quand ils agissent par des réseaux peer to peer. L'astuce principale du procédé consiste à ce qu'il incombe en pratique à l'abonné de prouver son innocence, alors qu'apporter une telle preuve est impossible. C'est ainsi qu'on nous propose de poursuivre la lutte contre le téléchargement illégal et favoriser la coopération judiciaire et policière à l’international, notamment afin de lutter contre l’hébergement et la diffusion de contenus ne respectant pas le droit d’auteur. Mais il y a mieux: l'UMP ne se limite pas à confirmer sa classique réputation de parti favorable à la répression tous azimuts, elle cherche aussi à bien montrer qu'elle est l'ennemie des nouvelles activités menées sur Internet. On trouve ainsi pas moins de 6 propositions consistant à alourdir les impôts pesant sur les citoyens, au profit des acteurs du secteur. Une partie de ces sommes sont en fait redistribuées en fonction des ventes constatées, qui sont très concentrées sur quelques artistes, ce qui fait que l'argent va à des gens qui ne sont pas spécialement dans le besoin. L'autre partie est répartie de façon captive pour «encourager la création», ce qui en fait de véritables fromages. Les taxes proposées semblent devoir frapper des acteurs d'un secteur en expansion, les activités sur internet. Ainsi, le gouvernement de faire profiter de ces taxes des acteurs protégés de la concurrence, en petit nombre, qui touchent déjà pas mal d'argent par ce biais et façon très inégalitaire, dont le principal fait d'armes ces 10 dernières années a été d'insulter leurs principaux clients. Et cela en frappant un secteur en croissance, et donc par là même en ralentissant sa croissance et la rentrée des impôts standards dans ses propres caisses. C'est une idée de génie: on fait profiter un petit nombre de privilégiés de rentrées d'argent au détriment du plus grand nombre, qui bénéficie jusqu'ici de prix bas, et d'activités en développement actuellement, dont on clame urbi et orbi que ce sont des activités d'avenir mais dont on cherche à tout prix à freiner l'expansion.

De son côté, pour décourager les électeurs qui penseraient encore à le reconduire aux prochaines élections, le gouvernement fait montre d'une tactique bien connue: l'utilisation de la mesquinerie qui se couple à l'injustice. C'est ainsi que le gouvernement a décidé de faire payer 35€ à quiconque aurait l'impudence d'introduire une action en justice. Il faut bien dire que la plupart des recettes de cette nouvelle taxe viendront des tribunaux civils qui gèrent l'essentiel des contentieux — et heureusement! — en France: comme le montre le rapport sénatorial (tableau au point C 3), sur presque 3M d'affaires, plus de 2M concernent les tribunaux d'instance et de grande instance. Sur ces 3M d'affaires, le gouvernement estimait que 2.5M seraient redevables de cette taxe. C'est ainsi que tous les petits litiges se voient lourdement taxés: il faut vraiment être très motivé pour payer d'avance 35€ pour un litige de 100€, réglé 6 mois après le dépôt de la demande dans un sens ou dans un autre, même si ces 35€ sont dus par le perdant. Autant dire que les FAIs et les opérateurs de téléphonie mobile peuvent souffler: le nombre de recours des clients mécontents devrait plonger à l'avenir. Il en est de même pour tous les recours divers de voisinage, ce qui devrait consolider la paix civile dans notre pays. Une longue liste d'exceptions, à la logique difficilement discernable au premier abord, est aussi prévue pour bien renforcer le sentiment d'injustice et d'absurdité. Pour résumer, on a donc un gouvernement de droite qui cherche à bien restreindre les moyens de faire respecter ses droits et donc générer une ambiance contraire aux valeurs d'ordre dont il se réclame.

Pour parachever son œuvre, le gouvernement, qu'on ne peut croire sans pouvoir de ce côté-là, a aussi empilé les affaires qui lui sont défavorables: soupçons envers le sortant du temps où il était factotum d'Édouard Balladur et méthodes de barbouzes mal exécutées pour faire taire les sources des journalistes. Cela fait toujours du bien quand on veut passer pour quelqu'un de malhonnête. Avec tout cela, il est difficile de voir comment le parti socialiste va pouvoir remonter la pente et son candidat réussir à se faire dépasser par le sortant actuel, Nicolas Sarkozy. Il semble que la gauche soit condamnée à gagner l'année prochaine, n'ayant pas su susciter le rejet comme il y a 5 ans, où une candidate de grand talent avait été choisie.